mercredi 26 septembre 2018
FIFDH 2018 Chère Ijaewele, Chimamanda Adichie
Seize femmes
puissantes à Genève
Le FIFDH accueillait
samedi dernier la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie pour une
performance polyphonique autour de son dernier ouvrage, une lettre
intime devenue manifeste féministe. Galvanisant
Une armée en ordre
de marche? L’image frappe. Quinze femmes se dressent sur scène
(comme un seul homme) derrière celle qui a montré le cap, l’horizon
désirable, le territoire à conquérir. Samedi dernier, au Théâtre
Pitoëff, à Genève, c’est ce souffle que l’on a senti déborder
jusque dans les rangs, pleins à craquer, occupés par une majorité
de spectatrices. Seule une poignée d’hommes – aventureux ou déjà
convertis – a pris part à cette communion. L’objet de leur
transport? Une des invitées de marque du Festival du film et forum
international sur les droits humains (FIFDH): Chimamanda Ngozi
Adichie.
Ce nom vous est
inconnu? Il figure pourtant au panthéon d’un nombre croissant de
fidèles à travers le monde. L’auteur nigériane, 40 ans, qui
partage sa vie entre son pays natal et les Etats-Unis, jouissait déjà
d’une belle reconnaissance – critique et publique – pour ses
romans, parmi lesquels L’Autre
moitié du soleil
et Americanah.
Mais si elle suscite tant de ferveur, c’est surtout à cause de ses
prises de position et notamment lors d’une conférence TED, en
2012, intitulée «We Should all be Feminists». Cette ode à un
féminisme décomplexé, enraciné dans une expérience concrète, a
eu un retentissement inégalé qui s’est transformé en succès de
librairie à l’échelle du globe (Nous
sommes tous des féministes,
Gallimard).
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Deux
amours
«Mon premier amour
est la fiction. Mon deuxième amour, c’est le féminisme», a
confié la Nigériane, samedi, à l’issue de la performance
programmée par le FIFDH. Mise en scène par la Romande Nalini
Menamkat, l’unique représentation réunissait autour de l’auteur
15 femmes d’horizons divers qui ont lu chacune, dans sa propre
langue, un chapitre de son dernier ouvrage: Chère
Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe
(Gallimard). Destinée d’abord à une amie désireuse d’inculquer
des valeurs féministes à sa fillette, cette lettre a depuis été
publiée et traduite urbi et orbi.
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«La responsabilité
de cet enfant vous appartient à tous les deux à parts égales. Tu
ne devrais pas agir en «mère célibataire» si tu n’en es pas
réellement une.» «Ne la compare pas à ce qu’une fille devrait
être. Compare-la à ce qu’elle devrait être en donnant le
meilleur d’elle-même.» «Apprends-lui à questionner les mots.
Les mots sont le réceptacle de nos préjugés.» Sur la scène du
Théâtre Pitoëff, la partition écrite par Chimamanda Ngozi Adichie
est ainsi portée par un chœur de 15 femmes. Chacune s’avance
à son tour et en livre la force subversive, de l’italien au russe,
en passant par le coréen ou encore le portugais. Des extraits en
français défilent sur grand écran pour ne pas lâcher l’auditeur
en chemin.
Comme
au coin du feu
Certaines de ces
lectrices sont si habitées – Junling Zhang (en chinois), Laura
Dieudonné (en créole) ou encore Radhia Bouzaine (en arabe) –
qu’on a peine à croire que la Française d’origine sénégalaise
Aïssa Maïga soit la seule comédienne professionnelle. Quant à la
cantatrice Barbara Hendricks, 69 ans, elle conte comme au coin
du feu (en anglais) et le public est tout ouïe.
L’auteure
elle-même, d’éducation anglaise, fait résonner une partie de sa
prose en igbo, sa langue maternelle. Elle irradie lorsque telle
oratrice joint le geste à la parole ou ponctue son intervention
d’un rire léger (un homme est certes incapable d’allaiter mais
peut concourir dans la même catégorie que sa compagne pour langer
bébé). Car si le sujet, ici, est sérieux, la morosité n’est pas
de mise.
Plaidoyer
universel
De manière
éloquente, ces messagères qui font corps illustrent la portée
universelle d’un tel plaidoyer. Et comment ne pas songer durant
leur lecture polyphonique à ces milliers d’autres femmes qui se
sont élevées en rangs serrés ces derniers mois pour dénoncer les
violences sexistes.
Devant une
assistance qui comptait de nombreuses femmes noires, très jeunes
pour la plupart, la grande prêtresse a donné son onction à toutes
celles qui ont brandi leur petit livre mauve en guise d’allégeance.
Dans sa robe vaporeuse rose pâle, Chimamanda Ngozi Adichie,
majestueuse, était prête à lever les troupes.
lundi 24 septembre 2018
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