Je me
souviens que j'aurais coupé mon ventre pour redevenir comme avant ma
première grossesse et qu'on cesse de me demander si je suis enceinte
encore 17 ans après ou bien si c'est génétique…
Enfant
j'aimais caresser mon ventre et me plier la tête pour voir si je
pouvais apercevoir mon nombril. J'aimais la chaleur de ma peau que je
trouvais si douce. Je pense que nous aurions pu avoir des liens très
affectueux mon ventre et moi. Tout avait si bien commencé avant ma
naissance.
Et
puis il a fallu naître, quitter un ventre chaud et respirer
douloureusement la tête en bas malgré soi tenue comme une bête par
un médecin qui a fait le bonheur de mes parents en frappant
obstinément mes fesses jusqu'à ce que je crie pour leur plus grand
soulagement. Je ne lui en veux pas, il a fait son oeuvre de médecin
et même mieux car on avait prédit que c'était la mère ou
l'enfant, un «ou» exclusif et j'étais là en train de gesticuler
le visage enragé de douleur hors du ventre maternel et mon ventre à
moi qui enflait et se vidait comme une pompe à
air.
En
grandissant cette partie du corps me fascinait toujours car c'était
la trace que j'avais été entièrement à ma mère bien au chaud
dans son ventre à elle. Elle me portait et me nourrissait et je
pouvais innocemment nager dans le bain amniotique. Je regardais
toujours au fond de mon nombril et m'extasiais en pensant à ce
paradis de douceur et de chaleur. Cette sensation était si forte en
moi que je suis convaincue que si on m'avait posé la question le
jour de mon accouchement, je serais restée plus longtemps encore
foetus dans mon petit nid douillet à me suffire d'être attachée au
cordon ombilical.
Et puis
il y a eu mon frère et encore un autre frère dont mon seul souvenir
reste mon oreille collée sur le ventre de ma mère. Le souvenir
lointain d'entendre un léger tapotement ou de sentir une chatouille
sous ma petite main. Autant dire que le ventre est véritablement
devenu pour moi un lieu extraordinairement magique quand j'ai compris
que les cicatrices qui partaient du nombril de ma mère était dues
au fait qu'on avait du lui fendre le ventre en deux pour en sortir
mon petit frère. Contrairement à la noix de coco coupée à la
machette dont on pouvait ensemble boire l'eau et manger la chair
blanche une fois brisée pour toujours, le ventre de ma mère lui
avait été recousu et la mort seule s'était dressé une table du
festin de mon petit frère.

