lundi 26 novembre 2018


Je me souviens que j'aurais coupé mon ventre pour redevenir comme avant ma première grossesse et qu'on cesse de me demander si je suis enceinte encore 17 ans après ou bien si c'est génétique…

Enfant j'aimais caresser mon ventre et me plier la tête pour voir si je pouvais apercevoir mon nombril. J'aimais la chaleur de ma peau que je trouvais si douce. Je pense que nous aurions pu avoir des liens très affectueux mon ventre et moi. Tout avait si bien commencé avant ma naissance.
Et puis il a fallu naître, quitter un ventre chaud et respirer douloureusement la tête en bas malgré soi tenue comme une bête par un médecin qui a fait le bonheur de mes parents en frappant obstinément mes fesses jusqu'à ce que je crie pour leur plus grand soulagement. Je ne lui en veux pas, il a fait son oeuvre de médecin et même mieux car on avait prédit que c'était la mère ou l'enfant, un «ou» exclusif et j'étais là en train de gesticuler le visage enragé de douleur hors du ventre maternel et mon ventre à moi qui enflait et se vidait comme une pompe à air.
En grandissant cette partie du corps me fascinait toujours car c'était la trace que j'avais été entièrement à ma mère bien au chaud dans son ventre à elle. Elle me portait et me nourrissait et je pouvais innocemment nager dans le bain amniotique. Je regardais toujours au fond de mon nombril et m'extasiais en pensant à ce paradis de douceur et de chaleur. Cette sensation était si forte en moi que je suis convaincue que si on m'avait posé la question le jour de mon accouchement, je serais restée plus longtemps encore foetus dans mon petit nid douillet à me suffire d'être attachée au cordon ombilical.


Et puis il y a eu mon frère et encore un autre frère dont mon seul souvenir reste mon oreille collée sur le ventre de ma mère. Le souvenir lointain d'entendre un léger tapotement ou de sentir une chatouille sous ma petite main. Autant dire que le ventre est véritablement devenu pour moi un lieu extraordinairement magique quand j'ai compris que les cicatrices qui partaient du nombril de ma mère était dues au fait qu'on avait du lui fendre le ventre en deux pour en sortir mon petit frère. Contrairement à la noix de coco coupée à la machette dont on pouvait ensemble boire l'eau et manger la chair blanche une fois brisée pour toujours, le ventre de ma mère lui avait été recousu et la mort seule s'était dressé une table du festin de mon petit frère.

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