lundi 31 octobre 2022
Portrait
lundi 26 avril 2021
De la patience à la confiance, un sillon.
De la graine à la plantation, la terre.
De l’espoir au sol, un signe.
De la production à la nourriture, un silence.
De la patience à la confiance, un sillon.
De la croyance à l’avenir, une main.
Des parasites au gel, une résistance.
De la patience à la confiance, un sillon.
De l’éclosion à la floraison, une croissance.
De la récolte au monde, la maturité.
De l’assiette au palais, le partage.
De la patience à la confiance, un sillon.
De ma bouche à la tienne, un sourire.
Je suis couchée sur le sable. Je sens la chaleur du
sol sous mes mamelles. Un coup et ma peau se plisse. Un coup encore et je
pousse mes oreilles en avant. Un coup encore et j’ouvre ma gueule. Entre
bâillement et ennui. Je laisse doucement sortir mon souffle tiède. Deux coups
et je redresse la tête. Deux coups et je lève ma trompe. Trois coups et je
pousse un barrissement. A qui sera la plus bruyante? Quatre coups et je
redresse mes pattes de devant puis lentement mes pattes arrière. Trois coups et
je secoue le sable qui tombe comme un filet d’étoiles sous mon ventre. Deux
coups, je baisse les paupières et tourne les yeux vers cette femme à genoux. Un
coup et je l’observe du coin de l’oeil. Elle brandit un soleil qu’elle frappe
d’un coup de bâton avec sa main gauche. Elle me regarde et baisse la tête avant
de se coucher à plat ventre sur le sol chaud. Un pas de plus de sa part et je
pourrai la fouler et mêler son sang aux grains de sable. Elle le sait. Nous le
savons toutes les deux.
Catherine avait déposé ses vêtements à même le sable
chaud à côté du tambour. Elle leva les bras au ciel quelques instants et ferma
les yeux. De l’autre côté de l'étang, la matriarche était couchée sur le sable
à l’ombre d’un acacia. Par moment, elle brandissait le bras de sa trompe pour
s’arroser de sable. Dans une jubilation mystérieuse, elle découvrait sa gueule
presque édentée. Par moment le pachyderme frottait son ventre sur le sol chaud
comme un rejeton dans un utérus devenu trop étroit.
Catherine plia les genoux puis s’accroupit les bras
enlacés autour de ses pieds. Elle expira profondément comme pour s’enfoncer
dans un cocon. Après quelques instants, Catherine ouvrit les yeux et baissa les
bras tout en fixant la bête s’adonnant à un plaisir juvénile. Le tambour
brillait comme un bouclier de cuivre au soleil. La main gauche de Catherine
glissa au bord du cuir tendu et elle s’en saisit avec précaution. Elle
s'agrippa aux cordes puis inspira la bouche grande ouverte en relevant la tête.
De l’autre main elle se saisit du bâton puis frappa un coup. La peau de
l’animal se plissa. Un autre coup suivit et la bête poussa ses oreilles en
avant. Catherine frappa encore et l’animal ouvrit sa gueule. La matriarche
semblait lasse et ennuyée. Elle laissa sortir un souffle tiède entre deux
petites défenses. Catherine frappa deux coups et l’éléphante redressa la tête.
Catherine ajouta deux coups et le pachyderme leva la trompe. Lorsque Catherine
frappa trois coups de tonnerre, la bête poussa un cri primal. A qui sera la plus
bruyante ? Encore quatre coups. L’éléphante se redressa sur ses pattes de
devant puis lentement sur ses pattes arrière. Trois coups et elle secoua le
sable qui tombait comme un filet d’étoiles sous son ventre. Deux coups, elle
baissa les paupières et tourna les yeux vers cette femelle à genoux. Un coup et
le pachyderme l'observait du coin de l’oeil. Elle brandissait un soleil qu’elle
frappait d’un coup de bâton avec sa main gauche. Elle regardait la matriarche
puis baissa la tête avant de se coucher à plat ventre sur le sol chaud. Un pas
de plus de sa part, le pachyderme pourrait la fouler et mêler son sang aux
grains de sable. Elle le sait. Elles le savent toutes deux.
2030 le livre de vie a été complètement numérisé et
diffusé en version audio sur toutes les chaînes nationales et en direct sur les
réseaux sociaux. Nous avons atteint nos objectifs sans faire couler une goutte
de sang. 21 mars 2030 à midi, nous avons commencé à chanter sur la place
publique là où un siècle plus tôt la majeure partie des femmes du hameau avaient
été brûlées vives car elles s’opposaient à la redistribution des terres entre
les fils du seigneur. La sueur perlait de nos fronts lisses pendant que nous
récitions les paroles du livre de vie. Nos bras levés au ciel, nous agitions
des gerbes de fleurs sauvages dans chacune de nos mains. Nos ombres s’étaient
déjà étirées sur l’herbe lorsque la récitation se termina. Doucement nous avons
commencé à nous balancer puis à petits pas de plus en plus rapide nous
tournions sur nous-mêmes comme des soleils. Nous étions là pour elles mais
aussi pour nous car nous avions réussi à récupérer nos terres ancestrales et
avions terminé le reboisement de la colline aux sorcières. Les médias étaient
présents pour la reddition des actes de propriétés à la communauté. Ce qui nous
importait était de dessiner la spirale de notre vie sur cette terre.
Pour une boucle blanche apparue derrière sa tête, la
femme a été conduite à la lisière de la forêt. A coup de fouet sur son corps
fatigué, on lui a demandé d’indiquer la plante dont elle s’était servie pour
confectionner les balais de la maîtresse. Jeudi soir Madame avait demandé
qu’elle lui en prépare trois avec de l’aubépine ou du chêne. Les balais avaient
été retrouvés attachés en croix au milieu de la cour. C’était après la prière
du vendredi saint. La femme s’est baissée pour ramasser la croix. Sa coiffe est
tombée et ses cheveux ont glissé sur son visage. Une mèche blanche s’est
dévoilée parmi les cheveux noirs. Madame a crié à l’arnaque alors on a crié à
l’hérésie. On a mis le feu à la croix et on a transporté la femme sur le bûcher
avant qu’elle ne se transforme en sorcière.
Soie, satin, sexe,
latex, rouge, rose, rubis, porte, bouche, ouverture, blessure.
Un rectangle de
verdure tondu dru sur ton mont de Vénus. L’herbe desséchée de ta chevelure
rasée s’enflamme en feu de joie. L’herbe desséchée de ton pubis rasé se consume
devant nos yeux. Crépitements. Craquements. Odeur de terre brûlée. Des milliers
de papillons jaunes et noirs s’élèvent vers la cime des arbres. Qu’ils
rapportent à l’univers que nous t'avons soumise. Tu es nôtre. Tu nous
appartiens jusqu’à ton dernier souffle.
Une tache rouge comme
trace de la profondeur de nos ébats. Des mains fébriles qui te fouillent Rouge.
Vif. Frais. Vermeil. Preuve de l’honneur et de la dignité d’un sol vierge où
glisser, s’enfoncer jusqu’à te perforer.
Lune de miel à nulle
autre pareille. Jouir de toi. Ou plutôt de cette béance qui bave sur ton flanc.
Te déflorer encore et encore. Au paroxysme de notre puissance.
Nous n'avons pas
besoin de ta tête. Ni de tes yeux mouillés qui nous accuseraient. Ni de tes
lèvres boudeuses sur une gueule entre abandon et rage. Nous n'avons même pas
besoin de tes jambes. Cette fente nous suffit. Rouge. Luisante. Tu nous
éclabousses. Nous buvons ta sève. Merveilleux elixir. Nous sommes à toi. Nous
t’appartenons du premier jusqu’à notre dernier souffle. Portique de la
naissance et de la mort. Sans toi nous ne sommes rien. Si ce n’est une goutte
de sang séché au coin d’une déchirure vaginale.