Je suis couchée sur le sable. Je sens la chaleur du
sol sous mes mamelles. Un coup et ma peau se plisse. Un coup encore et je
pousse mes oreilles en avant. Un coup encore et j’ouvre ma gueule. Entre
bâillement et ennui. Je laisse doucement sortir mon souffle tiède. Deux coups
et je redresse la tête. Deux coups et je lève ma trompe. Trois coups et je
pousse un barrissement. A qui sera la plus bruyante? Quatre coups et je
redresse mes pattes de devant puis lentement mes pattes arrière. Trois coups et
je secoue le sable qui tombe comme un filet d’étoiles sous mon ventre. Deux
coups, je baisse les paupières et tourne les yeux vers cette femme à genoux. Un
coup et je l’observe du coin de l’oeil. Elle brandit un soleil qu’elle frappe
d’un coup de bâton avec sa main gauche. Elle me regarde et baisse la tête avant
de se coucher à plat ventre sur le sol chaud. Un pas de plus de sa part et je
pourrai la fouler et mêler son sang aux grains de sable. Elle le sait. Nous le
savons toutes les deux.
Catherine avait déposé ses vêtements à même le sable
chaud à côté du tambour. Elle leva les bras au ciel quelques instants et ferma
les yeux. De l’autre côté de l'étang, la matriarche était couchée sur le sable
à l’ombre d’un acacia. Par moment, elle brandissait le bras de sa trompe pour
s’arroser de sable. Dans une jubilation mystérieuse, elle découvrait sa gueule
presque édentée. Par moment le pachyderme frottait son ventre sur le sol chaud
comme un rejeton dans un utérus devenu trop étroit.
Catherine plia les genoux puis s’accroupit les bras
enlacés autour de ses pieds. Elle expira profondément comme pour s’enfoncer
dans un cocon. Après quelques instants, Catherine ouvrit les yeux et baissa les
bras tout en fixant la bête s’adonnant à un plaisir juvénile. Le tambour
brillait comme un bouclier de cuivre au soleil. La main gauche de Catherine
glissa au bord du cuir tendu et elle s’en saisit avec précaution. Elle
s'agrippa aux cordes puis inspira la bouche grande ouverte en relevant la tête.
De l’autre main elle se saisit du bâton puis frappa un coup. La peau de
l’animal se plissa. Un autre coup suivit et la bête poussa ses oreilles en
avant. Catherine frappa encore et l’animal ouvrit sa gueule. La matriarche
semblait lasse et ennuyée. Elle laissa sortir un souffle tiède entre deux
petites défenses. Catherine frappa deux coups et l’éléphante redressa la tête.
Catherine ajouta deux coups et le pachyderme leva la trompe. Lorsque Catherine
frappa trois coups de tonnerre, la bête poussa un cri primal. A qui sera la plus
bruyante ? Encore quatre coups. L’éléphante se redressa sur ses pattes de
devant puis lentement sur ses pattes arrière. Trois coups et elle secoua le
sable qui tombait comme un filet d’étoiles sous son ventre. Deux coups, elle
baissa les paupières et tourna les yeux vers cette femelle à genoux. Un coup et
le pachyderme l'observait du coin de l’oeil. Elle brandissait un soleil qu’elle
frappait d’un coup de bâton avec sa main gauche. Elle regardait la matriarche
puis baissa la tête avant de se coucher à plat ventre sur le sol chaud. Un pas
de plus de sa part, le pachyderme pourrait la fouler et mêler son sang aux
grains de sable. Elle le sait. Elles le savent toutes deux.
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