lundi 26 avril 2021

 

Je suis couchée sur le sable. Je sens la chaleur du sol sous mes mamelles. Un coup et ma peau se plisse. Un coup encore et je pousse mes oreilles en avant. Un coup encore et j’ouvre ma gueule. Entre bâillement et ennui. Je laisse doucement sortir mon souffle tiède. Deux coups et je redresse la tête. Deux coups et je lève ma trompe. Trois coups et je pousse un barrissement. A qui sera la plus bruyante? Quatre coups et je redresse mes pattes de devant puis lentement mes pattes arrière. Trois coups et je secoue le sable qui tombe comme un filet d’étoiles sous mon ventre. Deux coups, je baisse les paupières et tourne les yeux vers cette femme à genoux. Un coup et je l’observe du coin de l’oeil. Elle brandit un soleil qu’elle frappe d’un coup de bâton avec sa main gauche. Elle me regarde et baisse la tête avant de se coucher à plat ventre sur le sol chaud. Un pas de plus de sa part et je pourrai la fouler et mêler son sang aux grains de sable. Elle le sait. Nous le savons toutes les deux.


Catherine avait déposé ses vêtements à même le sable chaud à côté du tambour. Elle leva les bras au ciel quelques instants et ferma les yeux. De l’autre côté de l'étang, la matriarche était couchée sur le sable à l’ombre d’un acacia. Par moment, elle brandissait le bras de sa trompe pour s’arroser de sable. Dans une jubilation mystérieuse, elle découvrait sa gueule presque édentée. Par moment le pachyderme frottait son ventre sur le sol chaud comme un rejeton dans un utérus devenu trop étroit.

Catherine plia les genoux puis s’accroupit les bras enlacés autour de ses pieds. Elle expira profondément comme pour s’enfoncer dans un cocon. Après quelques instants, Catherine ouvrit les yeux et baissa les bras tout en fixant la bête s’adonnant à un plaisir juvénile. Le tambour brillait comme un bouclier de cuivre au soleil. La main gauche de Catherine glissa au bord du cuir tendu et elle s’en saisit avec précaution. Elle s'agrippa aux cordes puis inspira la bouche grande ouverte en relevant la tête. De l’autre main elle se saisit du bâton puis frappa un coup. La peau de l’animal se plissa. Un autre coup suivit et la bête poussa ses oreilles en avant. Catherine frappa encore et l’animal ouvrit sa gueule. La matriarche semblait lasse et ennuyée. Elle laissa sortir un souffle tiède entre deux petites défenses. Catherine frappa deux coups et l’éléphante redressa la tête. Catherine ajouta deux coups et le pachyderme leva la trompe. Lorsque Catherine frappa trois coups de tonnerre, la bête poussa un cri primal. A qui sera la plus bruyante ? Encore quatre coups. L’éléphante se redressa sur ses pattes de devant puis lentement sur ses pattes arrière. Trois coups et elle secoua le sable qui tombait comme un filet d’étoiles sous son ventre. Deux coups, elle baissa les paupières et tourna les yeux vers cette femelle à genoux. Un coup et le pachyderme l'observait du coin de l’oeil. Elle brandissait un soleil qu’elle frappait d’un coup de bâton avec sa main gauche. Elle regardait la matriarche puis baissa la tête avant de se coucher à plat ventre sur le sol chaud. Un pas de plus de sa part, le pachyderme pourrait la fouler et mêler son sang aux grains de sable. Elle le sait. Elles le savent toutes deux.

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