lundi 26 avril 2021

 

Ton regard se pose sur une terre en labour, un verger qui portera tes fruits si le ciel le veut, si l’argent le peut. Cela fait longtemps que ton héritage est gaspillé, en jachère éternelle. Ton ventre et tes cuisses striés de vergetures comme les sillons de ton champ. Autrefois on aurait suivi la mélodie du vent et les sourires de la lune pour nourrir le village mais maintenant tu n’enfantes plus. A quoi bon le brûlis pour un sol stérile? A quoi bon dessiner des lignes au charbon du coin de tes lèvres jusqu’à ton ventre pour que tes larmes les effacent? Les anciens t’auraient dit de danser au rythme des tambours pour faire cesser les moteurs. Tu frappes le sol de ton pied droit. Assez dansé, assez chanté. Il faut s’arrêter et bondir maintenant. S’arrêter ou bondir.

 

Hier la sorcière est sortie de sa tanière

Telle une reine Cheyenne, la magicienne a pris les rênes de sa hyène

Sur la bannière de cette jardinière primesautière flottait un lierre

Elle oublie qu'elle est terrienne mécanicienne de la plaine

La dernière sortie saisonnière de la pionnière s'était avant hier à la fête de la bière

Avant qu'elle ne devienne pleine comme une baleine qui a fait sienne une galérienne

Elle perd ses repères dans un verre... Il a manqué qu'elle ne soit mise en bière

 

Si j'étais une saison, je serais l'automne en flammes multicolores. J'engrangerais les récoltes au rythme d’un quatuor à cordes sur un air de Vivaldi.

Si j'étais chiffon, je serais le mouchoir qui sécherait tendrement tes larmes à la table du banquet de noces.

Si j'étais elle, je serais comme Vénus sortant des eaux dont la puissance ferait rougir les vagues haletantes.

Si j'étais libre, je m'infiltrerais dans les rêves les plus fous pour créer un mode de justice.

Si j'étais chignon, je glisserais amoureusement sur ta peau et je chatouillerais ta nuque dans un baiser plus fort que la mort

 

Si j'étais une saison, le monde serait au paradis parce que l'enfer serait trop étroit pour ma vivacité.

Si j'étais chiffon, la poussière irait au bal masqué vêtue d'un rayon de soleil

Si j'étais elle, il enfanterait l’origine des jours de paix où la matrice du monde sommeille

Si j'étais libre, tu t'enchaînerais à mon coeur de saphir

Si j'étais chignon, la lame du sabre refléterait l'huile de mes cheveux en frôlant ta tête

 

Je suis aiguillon planté dans la lanière d'un sabot

Je suis taureau en charge

Je suis clou transperçant un naseau écumant

Je suis tête redressée

Je suis souffle d'une femme en prière

Je suis puissance

Je suis cornes orgueilleuses

Je suis flanc musculaire

Je suis éperons aiguisés

Je suis cavalcade enragée

Je suis couronne de laurier

Je suis maîtresse des arts

Je suis reine de victoire

Je suis rodéo de midi

Je suis chevauchement de l'ombre

Je suis cavalière

Je monte à cru sur la vie

 

Je suis un soleil invaincu

Je vois rouge

Je me lève sur un boulet

J'illumine les jours d'espoir

Je suis un fantôme discret

Je prends appui sur une chaise bancale

Et je disparais dans des bandelettes de ouate

Je m'isole dans une couverture en aluminium

Je brille comme un vif argent

Je me disperse en un toucher fatal

Je suis en déséquilibre comme neige fondante

Je fais entendre le cliquetis de mes chaînes

Je suis un conte d'hiver bredouille

Je suis sucre d'orge à diluer

Je suis bûche de Noël à couper

Je suis pain d'épice à croquer

Je me lèche les babines

L'ogresse n'est pas loin

 

J'avance masquée

Je suis bergère téméraire d'une unique agnelle

Je touche un prédateur aux yeux rouges

Je perds, je gagne

Je perds des plumes

Je suis déesse de la justice

Je suis combattante de l'ordre de l'amour

Je suis une guerrière au regard tranchant

D'une main fière je brandis une épée lumineuse

D'une main vaillante je plante une houe dans la terre

D'un même mouvement je bêche et je plante

Je m'alourdis

Je suis profondeur d'un sillon ouvert

Un doigt dressé sur mes lèvres dit non au ras-du-sol!

Je lutte contre la pesanteur

Je m'élève à tour de bras

Je suis un trésor enfoui qui brille au premier rayon de soleil

Je remplis plusieurs paniers d'oeufs multicolores

Je suis richesse

Je suis abondance

Je suis partage

Je suis la cloche de la communion

Je tinte au-dessus des fleurs de printemps

J'explose comme une bouteille de champagne

Ma tête brûle et s'enflamme de petites bulles roses

Je suis légèreté

Je m'élance dans le ciel

Je dévore des confettis au coeur glacé