samedi 4 juillet 2020
jeudi 9 avril 2020
Meunier tu dors, ton moulin va trop vite.
Meunier tu dors, ton moulin va trop fort. Ton moulin, ton moulin va trop vite.
Ton moulin, ton moulin va trop fort…
Moulin à café, poivre, légumes, purée, paroles,
prières, eau, papier, crécelles et vent… Moulin à vent…
J’ai besoin que vous apportiez de l’eau à mon
moulin à paroles en chantant avec moi “Meunier, tu dors...”(2x)
Et, contrairement à ce qui fut affirmé à
l’époque avec vilénie par ce Miguel de Cervantes dans son picaresque roman et qu’on répète
parfois encore aujourd’hui, Don Quichotte de la Mancha ne s’est pas battu
contre des moulins à vents mais c’était un lâche, un dégonflé, un trouillard,
un poltron, une poule mouillée qui s’est enfui pour échapper aux géants qui se
cachaient dans les moulins jusqu’au jour où il a compris qu’on ne pouvait être au four et
au moulin si on voulait manger du bon pain. C’est pourquoi il a créé l’entreprise Moulinette, minoterie
spécialiste en moulins de tout genre, moulin à café, poivre, légumes, purées,
paroles, prières, eau, papier, crécelle et vent… moulin à vent…
Voici comment lui en est venu l’idée.
Don Quichotte, sa fidèle monture Rossinante et
Sancho traversent en galopant la Castille, l’Aragon et la Catalogne, bref toute
l’Espagne en laissant derrière eux les grands moulins à vent espagnols dont les
bras de géants font des moulinets.
Ils arrivent en France dans le Beaujolais en
pensant avoir trouvé refuge dans le pays des droits de l’Homme. Ils décident de
s’arrêter pour se restaurer à l’auberge des Blés dorés. L’aubergiste leur
propose d’accompagner leur repas d’une bouteille de Moulin-à-vent. Don Quichotte
et Sancho n’en croient pas leurs oreilles et terrorisés à l’idée de voir
apparaître un géant, ils sortent de table sans s’excuser et sautent sur
Rossinante qui les attendait derrière l’auberge.
Ils galopent en direction de l’Italie. Sur une
route de montagne une femme qui ressemble à la douce grand-mère de Sancho leur
offre de s’arrêter dans sa maison prendre le goûter. Elle fait bouillir de
l’eau et pose un panettone et 3 petites tasses sur la table. Elle leur dit de
commencer à manger pendant qu’elle va remplir le moulin à café. Nos deux hommes
sont effrayés et ont des sueurs froides. Aussitôt que la femme leur tourne le dos, ils
sortent de la maison en courant sur la pointe des pieds, détachent Rossinante
et prennent la poudre d’escampette.
Ils hésitent à traverser la mer pour se rendre
chez le sultan mais des voyageurs en route pour Rome leur disent qu’on y entre
comme dans un moulin. Nos amis n’ayant aucune envie de voir des géants franchir
les portes de la mer, ils prennent la direction de la Suisse et arrivent dans une petite
ville dont le château est perché sur une colline. Ils pensent escalader les
murailles et pouvoir ainsi échapper aux géants. Ils entament leur ascension et
grimpent vers le château de Romont. Sur le sentier, ils voient un petit garçon
faire de grands moulinets avec ses bras. L’enfant crie à un autre plus loin devant
lui : « Le petit moulin de mon tapolet est cassé ». Soudain un
tintamarre se fait entendre et un groupe d’hommes et de femmes en longues robes
noires apparaissent suivis d’une foule en procession autour de la collégiale. Est-ce
nécessaire de dire que malgré la fascination hypnotique des claquements et
crépitements des crécelles qui s’élèvent comme l’encens Don Quichotte et Sancho
détalent sans attendre et sautent sur Rossinante qui dévale la colline de
Romont sans prendre son souffle.
Nos deux amis arrivent à bout de souffle en
Allemagne où ils espèrent trouver une contrée sans géants. Alors qu’ils marchent
le long de la grande allée qui mène à la colonne de la Victoire à Berlin, une
voiture à remorque s’arrête à leur hauteur. Une magnifique jeune femme aux yeux
verts leur propose de faire une partie du chemin ensemble car elle a une deux
chevaux qui peut déplacer un cheval et trois personnes. Nos compères acceptent.
Rossinante monte dans la remorque qui est un peu basse pour sa tête. Don
Quichotte et Sancho s’installent à l’intérieur, Don Quichotte devant, Sancho à
l’arrière, derrière la jeune fille. Mais la voiture ne démarre pas. La jeune
fille s’excuse et explique qu’elle va faire tourner le moulin du moteur. Mais
Don Quichotte et Sancho se regardent saisis d’effroi et cherchent la poignée de
leurs portes avant que la jeune fille ne termine sa phrase. C’est à ce moment
que le moteur se met à ronfler. Ouf ! Pas besoin de sortir dit la jeune
femme. Don Quichotte et Sancho n’osent rien dire durant toute la traversée du
pays.
La jeune femme aux yeux verts les dépose au
bord d’une mer qu’elle nomme la Manche et les deux amis la remercient du bout
des lèvres avant qu’elle ne redémarre et s’éloigne dans le brouillard. Mais
Rossinante a besoin de soin car elle s’est blessé les oreilles contre les
parois de la remorque. Don Quichotte demande à un homme en orange qui
s’approche d’un pas rapide où il peut trouver un médecin. L’homme qui est un
vrai moulin à paroles explique en long et en large pendant plus de trente
minutes pourquoi les deux chevaux ne devraient pas remorquer ni un ni deux ni aucun cheval du tout. Puis
il lève sa main faisant tourner un petit objet tout en continuant à égrener un
charabia que ni Don Quichotte ni Sancho ne comprennent. Rossinante pousse alors
un hennissement qui est plus de l’ordre du fou rire. Les deux compères se
retournent et voient la blessure guérie des oreilles de leur fidèle destrier.
Don Quichotte demande à l’homme ce qu’il tient
dans sa main qui peut guérir. L’homme, qui est un vrai moulin à paroles, lui
explique en long et en large l’origine de son objet et qu’il n’est pas
nécessaire pour guérir car c’est la manière dont on le maintient qui soigne.
Après une heure d’explication l’homme dit qu’il s’agit d’un moulin à prière.
Quand ils entendent ce mot, Don Quichotte et
Sancho ont à nouveau des sueurs froides mais Rossinante hennit et rit, hennit
et rit encore. Alors Don Quichotte demande à l’homme s’il n’a pas peur des
géants dans les moulins à prières, à paroles, à café et à moteur, à crécelles
ou à vent. L’homme lui dit « Non, il n’a pas peur car l’eau, le vent et le
feu sont des géants nécessaires pour faire le pain ! »
De peureux Don Quichotte et Sancho devinrent
braves et courageux. Don Quichotte et Sancho retournèrent en Espagne avec
Rossinante. Ensemble ils créèrent « Moulinette», minoterie spécialiste en
moulins de tous genres. Moulins à café, à poivre, à légumes, à purée, à
paroles, à prières, à eau, à papier, à crécelle et vent.
Meunier, tu dors…
samedi 7 mars 2020
Les femmes d’Haïti ne cessent de crier. Au petit
jour pour vendre du charbon ou des bananes, la nuit pour invoquer les saints. A
toute heure du jour pour ce pays. Elles pleurent aussi. Mais les larmes des
femmes sont des diamants qu’elles cisèlent avant de les enfouir dans le coeur
des enfants. Les leurs et ceux des autres. Haïti est une forte gueule, dit
Césaire. Et cette île en écho ne cesse de crier le nom de femmes qui regardent
plus loin que les fonds de cale et les places assignées... Elle appelle
Anacaona, Fleur d'or, reine et poète, Cécile Attiman Coidavid dite Cécile
Fatiman, mambo en tunique blanche qui porte le couteau au Bois-Caïman, Victoria
Mantou dite Grann Toya à la tête d'un groupe de révoltés. Elle appelle Suzanne
Louverture, agricultrice de talent refusant de parler des affaires de son mari
avec ses bourreaux durant leur déportation en France, Suzanne dite Lieutenant
Sanite Belair femme qui décide d'affronter la mort en soldat, Marie-Louise
Coidavid sauvant les prisonniers durant la guerre civile avant de devenir
reine, Henriette Saint-Marc soutirant la poudre aux français. Elle appelle
Marie-Jeanne chargeant les canons à la Crête à Pierrot.
Elle appelle Marie sainte dite Défilée la folle,
“Défilez” criait-elle aux soldats fatigués et folle après avoir perdu ses
frères et ses fils. Oui, elle appelle Défilée la folle, femme héroïque qui
donna une sépulture à l'empereur Dessalines. Elle appelle Catherine Flon qui au
congrès de l'Arcahaie permet au symbole d'une nation de s'exprimer, l’impératrice
Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur qui n’hésita pas à sauver des Blancs
malgré son mari Dessalines et mit sa plume au service de la constitution de
1805, Euphémie Daguilh compositrice le temps d’une trêve, Marie-Madeleine Joute
Lachenais et ses deux présidents, la politicienne Victoire Jean-Baptiste,
l’avocate Pauline Brice-Thézan, la suffragiste de la Ligue d’action féminine Alice
Garoute, Léonie Coicou-Madiou actrice et militante briguant la mairie de
Port-à-Prince, l’éducatrice Emmeline Carries-Lemaire, la greffière Denyse
Guillaume collaborant à la Voix des femmes, la juge et présidente de la
République Ertha Pascal-Trouillot, la chanteuse Marie Clotilde dite Toto Bissainthe,
la peintre Rose-Marie Desruisseau, la femme de lettres Marie Vieux-Chauvet,
l’éducatrice et dramaturge Paulette Poujol-Oriol... et toutes les anonymes que
cachent l'histoire mais présentes en nous, nos grand-mères, nos mères, nos
soeurs et nos filles qui ont gardé leur place dans le registre psychique comme
mères de la patrie.
Comment faire pour que l’écho qui sort de la
bouche de mon bout d’île ne se perde pas dans le choeur des cyclones en tout
genre et des tremblements de terre ? Comment faire pour maintenir cette conviction
qu’il brille en chacun de nous une pierre précieuse capable de figer les rayons
de soleil et de les ériger en obélisque de la victoire pour chacune de ces
femmes ? Elles sont nos potomitan. La verticalité de ces pieux sacrés jaillit
de la profondeur abyssale des mers. Elle reflète leur éclat solaire dans le coeur
des générations à venir. Elle met en mouvement les peaux tendues de tous les
manman tambour et nous saisit par les pieds pour nous transformer en colosse dont
la fougue n’a pas de limite si ce n’est notre propre mémoire collective et
notre manque de ténacité à refuser l’abnégation face à l’injustice et la
deshumanisation.
vendredi 13 septembre 2019
L'extra-terrestre
et le selfie : cycle de conférences à distance sur la vie des
terriens.
Chers
collègues, chers étudiants,
Notre
propos d'aujourd'hui a pour sujet le selfie. Je vous invite à un
parcours en 3 étapes pour vous donner un aperçu de l'avancement de
ma recherche. Je délimiterai mon discours en commençant par la
définition du thème selon les terriens, aussi autoproclamés
humains, rencontrés durant mon exil sur leur planète. Ensuite je
vous décrirai le phénomène sociologique selfie d'un point de vue
quantitatif et qualitatif avant d'ouvrir la discussion sur les enjeux
du comportement selfique en fin d'exposé.
Tout
d'abord j'aimerais vous proposer de regarder le concept de « selfie»
comme étant un terme neuf faisant référence à une pratique
professionnelle et privée tout à fait ancienne et commune, à
savoir la représentation de soi par l'image. En effet selon les
données récoltées, les humains ont de tous temps cherché à se
représenter par des mises en scène plus ou moins sophistiquées.
Pour cela ils ont travaillé différents matériaux capables de
recevoir leurs images comme le bois ou la pierre. Ce qui est nouveau
dans notre sujet est la rapidité et la fréquence avec laquelle la
représentation est réalisée. Comme il n'y a plus lieu d'exécution
d'un travail laborieux, les hommes se représentent dans toutes
sortes de situation de la plus sophistiquée comme dans leurs temps
anciens à la plus triviale et se la transmettent dans un espace
temps virtuel.
Je
citerai, pour illustrer ce point, le cas d'un président de ce que
les terriens considèrent comme états unis. Dans une situation
perçue comme officielle, ce président et sa collègue commettent un
geste perçue comme trivial car non seulement ils sont photographiés
en train de prendre un selfie mais aussi l'épouse du président
semble mécontente de la situation et encore les terriens ont tenu ce
geste semi-privé professionnel comme digne de faire les titres des
informations. J'espère que cet exemple suffit à vous faire saisir
l'importance de cette pratique qui peut soulever toutes sortes de
passions.
Donc
je disais que nous avons affaire à une pratique échappant à
l'espace-temps. En d'autres termes le selfie défie la stéréométrie
et réalise l'ubiquité en traversant ou demeurant dans l'espace
virtuel. Il se déplace et demeure. Il est là et transmis dans une
virtuosité vertigineuse. Cela signifie qu'il n'y a en réalité
aucune trace si ce n'est virtuelle pour la représentation. Il est là
et ailleurs, partout et nulle part, visible et immatériel. En
quelque sorte il s'agit d'un vide existant et vécu par tous comme
reflet d'une vérité de soi réelle et valable à un moment donné.
Il n'y a plus de représentation idéale d'être en tant qu'être
idée pure. Chers collègues, chers étudiants, l'essentiel et le
sensuel se poursuivent et se confondent.
Pour
illustrer le concept encore une fois je vous prie de regarder l'image
que j'ai prise de moi-même pour vivre l'expérience terrienne du
selfie. Vous voyez ici au tableau que je suis accompagné d'un
humain. Je mange des cacahuètes avec un terrien et j'ai transmis
l'image 4 années terriennes plus tard sur un réseau qu'ils
appellent à juste titre le livre des faces. J'ai obtenu 150 likes et
commentaires pour une réalité qui n'est pas moi.
Maintenant
passons à l'étape suivante de ma présentation. Du point de vue
quantitatif, le selfie peut se prendre à tout temps et dans tout
espace et être directement transmis virtuellement à tout terrien
connecté virtuellement. Nous pouvons multiplier le selfie à
l'infini. D'autres peuvent le reprendre et le manipuler, photoshoper,
c'est à dire le modifier, le magnifier ou l'enlaidir. Du point de
vue qualitatif alors que les représentations anciennes demandaient
une certaine expertise et dextérité, le selfie peut être réalisé
par un terrien en bas âge dès qu'il a l'usage plus ou moins
conscient de ses 2 mains. Mais cette simplicité d'usage est
extraordinaire. Un selfie peut tout aussi bien être réalisé par un
animal car il ne demande aucune préparation ni réflexion préalable.
C'est là... ou ailleurs... ici... ou maintenant.
Nous
arrivons à ce stade aux enjeux de cette pratique sociologique. La
représentation de soi par le plus grand nombre comme phénomène
général des humains connectés virtuellement semblait inviter les
terriens à plus grand que soi pendant des siècles terriens.
Maintenant nous constatons qu'il semblerait que le développement
technologique qui a permis au plus grand nombre de participer à un
geste créatif et immémorial repousse les limites terriennes de soi
non seulement du point de vue de la matérialité mais aussi dans
l'immatérialité. Le selfie projette et fige le soi terrien entre le
néant virtuel dans lequel on stocke la représentation de soi et
l'animalité qui peut résider dans la réalisation concrète et
incontrôlable parfois irrationnelle de la démarche.
Pour
conclure mon exposé je peux dire que le selfie est une vaine
tentative de saisir soi-même sa représentation de soi et pour
inscrire sa matérialité dans la communion avec l'immatériel.
D'ailleurs les terriens ne disent-ils pas dans les nuages pour le
lieu d'inscription et de stockage du selfie ?
lundi 26 novembre 2018
Je me
souviens que j'aurais coupé mon ventre pour redevenir comme avant ma
première grossesse et qu'on cesse de me demander si je suis enceinte
encore 17 ans après ou bien si c'est génétique…
Enfant
j'aimais caresser mon ventre et me plier la tête pour voir si je
pouvais apercevoir mon nombril. J'aimais la chaleur de ma peau que je
trouvais si douce. Je pense que nous aurions pu avoir des liens très
affectueux mon ventre et moi. Tout avait si bien commencé avant ma
naissance.
Et
puis il a fallu naître, quitter un ventre chaud et respirer
douloureusement la tête en bas malgré soi tenue comme une bête par
un médecin qui a fait le bonheur de mes parents en frappant
obstinément mes fesses jusqu'à ce que je crie pour leur plus grand
soulagement. Je ne lui en veux pas, il a fait son oeuvre de médecin
et même mieux car on avait prédit que c'était la mère ou
l'enfant, un «ou» exclusif et j'étais là en train de gesticuler
le visage enragé de douleur hors du ventre maternel et mon ventre à
moi qui enflait et se vidait comme une pompe à
air.
En
grandissant cette partie du corps me fascinait toujours car c'était
la trace que j'avais été entièrement à ma mère bien au chaud
dans son ventre à elle. Elle me portait et me nourrissait et je
pouvais innocemment nager dans le bain amniotique. Je regardais
toujours au fond de mon nombril et m'extasiais en pensant à ce
paradis de douceur et de chaleur. Cette sensation était si forte en
moi que je suis convaincue que si on m'avait posé la question le
jour de mon accouchement, je serais restée plus longtemps encore
foetus dans mon petit nid douillet à me suffire d'être attachée au
cordon ombilical.
Et puis
il y a eu mon frère et encore un autre frère dont mon seul souvenir
reste mon oreille collée sur le ventre de ma mère. Le souvenir
lointain d'entendre un léger tapotement ou de sentir une chatouille
sous ma petite main. Autant dire que le ventre est véritablement
devenu pour moi un lieu extraordinairement magique quand j'ai compris
que les cicatrices qui partaient du nombril de ma mère était dues
au fait qu'on avait du lui fendre le ventre en deux pour en sortir
mon petit frère. Contrairement à la noix de coco coupée à la
machette dont on pouvait ensemble boire l'eau et manger la chair
blanche une fois brisée pour toujours, le ventre de ma mère lui
avait été recousu et la mort seule s'était dressé une table du
festin de mon petit frère.
Inscription à :
Articles (Atom)




























































